agression

Agression de Schumacher contre Battistion - Séville, coupe du monde 1982

Coupe du monde 1982, Espagne, Séville, demi-finale, France – Allemagne

Agression caractérisée du gardien de but allemand Harald Schumacher à l’encontre du défenseur français Patrick Battiston à l’entrée de la surface de réparation, d’un coup de hanche en plein visage et en pleine courses. Existe-t-il faute plus flagrante, plus grave, plus délibérée ? Sans doute pas, ou peu. Pourtant, l’arbitre néerlandais du match, monsieur Charles Corver, ne sortira pas le carton rouge, ni le jaune, et ne sifflera même pas penalty, ni faute, mais une simple remise en jeu aux six mètres. De plus, à la fin du match, on peut voir monsieur Corver plaisanter avec Schumacher. Voilà les faits. En toute objectivité ?

Bien sûr que non. Comment être objectif alors que nous racontons des faits qui se produisent devant nos yeux, devant la place où nous nous trouvons, en sachant que chacun est à une place différente de l’autre.

Ce soir-là, ce fut la caméra qui était manifestement bien placée, et nous avons donc eu la chance d’avoir raison en qualifiant l’action de Schumacher de « faute ». Mais placés dans les tribunes, dans le virage opposé à l’action, aurions-nous eu la même vision de l’action ? Pourtant, nous aurions toujours eu cette impression d’objectivité en annonçant : « Schumacher et Battiston se sont heurtés involontairement, c’était dans le feu de l’action ».

Alors vous pensez peut-être, c’est votre droit : « Pourtant cet arbitre ne se trouvait pas dans les tribunes opposées », avant d’ajouter : « mais bien à une quinzaine de mètres de l’action ». Et c’est vrai. Vous auriez raison de penser cela. Le paramètre de positionnement de l’arbitre par rapport à l’action de jeu était respecté et, dans ce domaine-là, l’arbitre a bien fait son travail.

Alors, me direz-vous encore, s’il était bien placé, pourquoi n’a-t-il pas sanctionné la faute, a fortiori le penalty ? Prenons en compte, si vous le voulez bien, le deuxième et dernier paramètre : l’arbitre regardait-il dans la bonne direction, à savoir celle de l’action ? La réponse est claire et vérifiable sur vidéo : OUI. Donc, dans ce domaine également, on peut affirmer que l’arbitre a bien fait son travail.

L’arbitre n’a pas sifflé de faute car on lui a appris, dans les écoles d’arbitres, à sanctionner une faute s’il voit une faute. Or, dans ce match et à cet instant, au moment précis de cette action, il n’a pas vu de faute. Pas parce qu’il n’y en avait pas mais tout simplement parce que de l’endroit où il se trouvait (15 mètres est une distance tout à fait acceptable pour un arbitre, et il n’est pas aisé de se trouver plus près d’une action en sachant que l’arbitre est censé être proche de toutes les actions d’un match), et dans la direction vers laquelle il regardait (il regardait bel et bien en direction de l’action concernée), il ne pouvait pas voir la faute, et personne n’aurait vu de faute, placé où il se trouvait. Et cela pour une bonne et évidente raison...

Retrouvez la suite de l'analyse de Jean-Pascal Maldoff, ancien arbitre, dans "Les techniques des tricheurs du foot: comment tromper l'arbitre" en cliquant sur la couverture:

Les techniques des tricheurs du foot